Doit-on opposer la littérature lesbienne à la littérature générale ?

Doit-on opposer la littérature lesbienne à la littérature générale ?

 

« Dommage que tu précises que c’est du lesbien car il est vraiment bien ton roman ! Moi j’aurai juste dis que c’est un policier ! » 

Combien de fois j’ai pu entendre cette remarque La première fois, c’est un ami hétéro. Je crois que c’était un compliment. Pourtant, je n’ai pas su quoi y répondre… J’ai hésité. J’aurais pu lui répondre : merci d’avoir suffisamment aimé mon livre pour le cataloguer de roman lisible par des hétéros. Comme si le modèle hétéro était un gage de qualité. Mais au fond de moi, j’avais envie de lui crier :mais Putain ! Ce n’est pas parce que mon roman est lesbien qu’il est moins bon que les autres… J’ai choisi la version diplomate. C’est un ami après tout… En creusant un peu, j’ai fini par comprendre qu’il me conseillait de ne pas préciser que mon livre est un roman lesbien pour que ce soit plus vendeur.  

Comme si un roman dit lesbien faisait partie de la sousclasse de la littérature. Comme si écrire une histoire d’amour entre femmes revenait à écrire du Harlequin… Je vous l’accorde, certaines couvertures peuvent prêter à confusion. Je suppose que la plupart des gens pensent que les histoires lesbiennes n’ont pas grand-chose à apporter d’autre qu’une scène de broute-minou. Pourtant, il existe de très bons livres de Fantasy, de fantastique, de thriller ou de sciencefiction qui ont comme personnages principaux un couple de femmes.  

Du coup, la question est : doit-on automatiquement cataloguer une histoire mettant en avant des héroïnes lesbiennes de romans saphiques?

Non! Bien sûr que nous ne sommes pas obligés de faire ce raccourci. Un grand nombre d’auteurs ont fait ce choix. Est-ce pour cette raison que ça se vend mieux ? Probablement.  

Alors, pourquoi le faire? Pour nos lectrices! Et oui, mesdames, lorsqu’on écrit un livre lesbien, on s’adresse plus particulièrement à un public de femmes qui aiment les femmes. Et comme je suis moi-même une nana qui aime sa nana, et étant donné que je préfère lire des histoires dans lesquelles je pourrais complètement m’identifier, que ce soit par ses codes, ses anecdotes, ses références et bien évidemment par ses personnages, je sais combien il est difficile de trouver le saint Graal… Alors oui, quand je rédige une romance saphique, je la catalogue de littérature lesbienne. Même si l’histoire de fond est un policier. Avez-vous déjà poussé la porte d’une bibliothèque à la recherche d’un roman lesbien? Avez-vous trouvé le rayon homo? Moi, non! 

La seconde interrogation du même acabit est arrivée un peu plus tard… Mais pourquoi as-tu choisi de mettre la romance au centre de l’histoire? Et pourquoi avoir écrit des scènes érotiques? Je vous le donne dans le mille, cette interrogation vient encore d’une personne hétéro. Là encore, je me rends compte que le mélange des genres dérange… J’ai décidé de casser les codes! J’ai voulu sortir des cases que la société nous impose… J’ai imaginé une thri-mance. Une sorte d’hybride à mi-chemin entre un thriller policier et une romance lesbienne. Je vais même vous faire un aveu : j’ai écrit ce que j’aurai voulu lire… J’adore les thrillers. L’un de mes auteurs favoris est Franck Thillez. J’ai tout acheté! J’ai tout lu! J’ai aimé! Mais bon sang, comme j’aurais préféré que son couple phare ne soit pas un homme et une femme. Comme j’aurai adoré que le duo principal de ses romans soit un couple de nanas. Alors j’ai décidé que mes écrits, pour me ressembler à cent pour cent, seront des histoires mettant à l’honneur des héroïnes lesbiennes. Concernant les scènes érotiques… On aime ou on n’aime pas. Pour ma part, je préfère lorsquil y en a. Mais entendonsnous bien, je ne vais pas écrire du cul pour du cul… Ce qui me plait, cest de voir une relation démarrer doucement, que ça évolue avec subtilité. J’adore faire frissonner de désir mes personnages. Mais j’ai horreur quand c’est du tout cuit! Alors je joue avec elles. Je leur tends des pièges. Je complique leurs existences. Je leur imagine des obstacles pour les obliger à se remettre en question… Et au bout du compte, si le bouquet final se solde par un simple baiser… C’est la frustration assurée! Vous vous voyez confectionner un savoureux gâteau en y mêlant tous vos ingrédients préférés pour au final n’en manger qu’une miette? Non! Et bien moi c’est pareil. Si mes héroïnes passent la moitié du roman à se tourner autour, alors je m’attends à un feu d’artifice émotionnel. Voilà pourquoi il peut y avoir quelques scènes érotiques dans mes histoires…  

Plus j’écris, plus je lis des romans lesbiens et plus je me dis que ceux-ci doivent répondre à certains codes pour plaire aux lectrices homosexuelles. Mais n’est-ce pas ces fameux codes qui dérangent nos lecteurs hétérosexuels? J’ai comme l’impression qu’il faut choisir son camp.  

Dorénavant, lorsque l’on me pose la question, j’ai décidé de lever le menton, de bomber la poitrine et je réponds :  

 

«J’écris des romans mettant à l’honneur des femmes qui aiment les femmes!» 

Une réaction au sujet de « Doit-on opposer la littérature lesbienne à la littérature générale ? »

  1. Bonjour
    Je suis assez d’accord avec l’article. Et bravo pour la phrase de fin. Il faut savoir être authentique et parfois si c’est moins vendeur c’est au moins plus vrai.

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